De la plume à la caméra

Les adaptations de classiques de la littérature sur grand écran existent depuis les débuts du 7eme art, et sont devenues de plus en plus courantes. Un best seller en librairie est dorénavant une garantie presque certaine d’une adaptation au cinéma. Les trilogies, quadrilogie ou décalogue n’effrayent même plus les réalisateurs, et s’il y a beaucoup de matière, ils sont alors adaptés en série comme l’excellent Game of Thrones. On ne compte plus les succès de librairie adaptés au cinéma depuis ces dix dernières années : Millenium, Le Seigneur des anneaux, Da Vinci Code, Mémoires d’une geisha ou les livres de Philip K. Dick (Blade Runner, Minority report, Total Recall…). Le 9ème art (la bande dessinée) s’adapte aussi sur grand écran. Les comics américains depuis déjà un moment (Superman, Spider Man, Batman…) mais aussi des BD francophones comme Astérix, Lucky Luke, Blueberry, plus récemment Les Schtroumpfs, et bientôt le très attendu Tintin de Spielberg.

Evidemment, si votre livre culte est adapté au cinéma, vous aurez certainement des difficultés à accepter la vision du réalisateur sans tiquer. La richesse de la littérature est semblable à celle de la radio, les images ne vous étant pas données, c’est votre imagination qui vous fournit le cadre visuel parfois même de façon inconsciente. La cristallisation visuelle qu’impose un film qui se superpose à votre imagination peut provoquer un rejet violent. Une adaptation est de toute façon inévitable, les supports étant finalement fondamentalement différents. L’adaptation peut cependant varier en degré et être plus ou moins fidèle à l’œuvre originale.

Une première option est de « coller » le plus possible au bouquin, ce qui paraît l’approche la plus prudente mais peut devenir un véritable travail d’équilibriste. Tout d’abord le matériel littéraire n’est pas forcément adapté pour le support cinématographique, et en collant le plus possible au bouquin, le film risque de manquer de saveur et d’une touche qui lui est propre.

Une autre approche qui peut sembler plus dangereuse, c’est la réadaptation libre de l’œuvre littéraire, qui est aussi celle qui peut donner les résultats les plus étonnants. Le réalisateur imprime ainsi sa «patte» et prend position par rapport à l’œuvre. Il s’expose toujours au rejet du public mais il ne se soumet pas au diktat de l’œuvre.

Des exemples ?

Pour commencer par du lourd, parlons peu et parlons Harry Potter. Les deux premières adaptations sont de pures reproductions du bouquin, ce qui les rend passablement ennuyeuses et sans grande personnalité. En revanche, le troisième volume Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, grâce à une réalisation d’Alfonso Cuarón, est un bon exemple d’une adaptation réussie. Plus noir et doté d’un rythme enlevé, cet opus se révéla cinématographiquement  bien plus intéressant que les précédents. Dans la même veine, les premiers Batman adaptés au cinéma portaient indéniablement la griffe de Tim Burton et qui s’en plaindra ? Les adaptations comics sont cependant plus libres de par l’esprit même de ces supports qui réinventent leurs personnages et réécrivent les histoires au fil des auteurs et des parutions. En revanche, le Batman de Schumacher, surtout le quatrième avec Arnold Schwarzenegger en Mr Freeze, restera dans les annales des nanars.

Il est évident que l’imaginaire est une propriété purement idiosyncrasique, et les avis diffèreront sur les adaptations. Certains classiques adaptés au cinéma de façon conventionnelle furent une vrai réussite, comme Des souris et des hommes de Sinise, Germinal de Berri ou Les Liaisons dangereuses de Frears. Ce dernier fut d’ailleurs très librement adapté plusieurs fois et s’en tira toujours sans trop de dommages. En 1959, il fut réalisé par Vadim qui transposa l’intrigue dans les années soixante, puis sous le titre Cruel intentions par Kumble en 1999 avec une intrigue revue pour les adolescents des années 90.

Et le cinéma français dans tout ça ?! Il semblerait que quand les Français s’essayent à faire comme les Américains, les résultats ne soient pas toujours à la hauteur des espérances. En témoigne les adaptations de BD comme Astérix ou Lucky Luke, avec des moyens conséquents et des castings prometteurs, dont on aurait pu fort bien se passer. Reste Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre de Chabat qui, en prenant un maximum de liberté, parvient à trouver le ton juste, ou Blueberry de Kounen, qui adapté de façon complètement libre eut le mérite de proposer une vision intéressante de cette BD. Du coté français, les petites productions sont en général plus intéressantes comme Stupeur et Tremblements de Corneau qui reproduit sagement mais efficacement l’œuvre de Nothomb, ou 99 Francs encore une fois de Kounen, qui tout en adaptant librement le roman nous livre un ovni cinématographique rafraîchissant, avec un Jean Dujardin en grande forme.

Et le Seigneur des anneaux alors… Roman culte de ma jeunesse, j’ai beaucoup souffert de l’adaptation en film et surtout du sort réservé au pauvre Gimli. Un lancer de nain Mr. Jackson… peut mieux faire !

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Une réponse à De la plume à la caméra

  1. Anne-So dit :

    Ravie de voir que « Des souris et des hommes » a été cité dans cet article ! Parmi tous les livres que j’ai lus, c’est pour moi la meilleure adaptation vue au cinéma.