Les chaussures à talon, talon d’Achille des ces dames

Crédit photo : John Kannenberg

Les chaussures à talon seront-elles toujours le symbole de la féminité ? A l’heure où la confusion des genres est certainement à son comble, le talon reste l’apanage quasi exclusif des femmes. Les talons aiguilles, démocratisés dans les années 30 ou 50 c’est selon, restent un synonyme incontestable de féminité et de glamour. Et pourtant, historiquement, les chaussures à talon n’ont pourtant pas toujours été l’apanage exclusif des femmes. Il est dit que Louis XIV, comme certaines femmes aujourd’hui, portait des talons qui lui permettaient de compenser sa petite taille. Apparemment le Roi Soleil fut inspiré par Catherine de Médicis qui aurait choisi des chaussures à talon pour son mariage avec Henri II. Elle aurait ainsi évité à son futur époux de se baisser pour lui baiser le front. Pourtant, si l’on en croit Sacha Guitry, « le talon haut a été inventé par une femme qui en avait assez d’être embrassée sur le front ». Les Vénitiennes dans l’Italie de la Renaissance avaient coutume elles aussi des chopines, des chaussures à talon compensées, qui rehaussaient leur silhouette grandement puisque ces chaussures pouvaient atteindre 60 cm de haut !

La paternité du talon aiguille quant à elle est à rajouter à la longue liste des disputes franco-italiennes, au même titre que l’attribution du Mont Blanc et de la fameuse Coupe du monde 2006. Les talons aiguilles seraient sortis au même moment en France et en Italie. En Italie on les appelle stilettos (dague ou « petit couteau » dans la langue de Dante). Les personnages historiques évoqués ci-dessus montrent bien que ces deux pays ont de toute façon chacun contribué à l’apparition et la popularité de cet apanage. Côté italien, Ferragamo et Albanese reviennent souvent dans les discussions sur les pionniers créateurs des talons aiguilles, alors que Roger Vivier et Charles Jourdan sont les représentants français.

Les chaussures à talon sont des accessoires protéiformes qui varient en fonction des talons, de leur hauteur et de leur épaisseur. En plus des talons aiguilles et des escarpins, il existe aussi les bottes à talon et bottines à talon, les semelles compensées, les sandales et tongs à talon et même plus récemment les baskets à talon (Nike en à récemment développé un modèle). Différents modèles pour différents goûts mais pas seulement. Marcher avec des talons est rarement une science infuse, en témoigne l’existence de la talon’s academy en France, qui propose des sessions d’entraînement collectif à « l’art » de porter des talons.

Crédit photo : valeyoshino

Comme me l’a expliqué ma consultante mode Jess, si vous êtes débutante, il vous sera peut-être plus facile de commencer avec des petits talons ou des chaussures à talons compensés, qui vous permettront de gagner en assurance plutôt que de commencer avec des talons aiguilles de 10cm de haut. L’intérêt du talon ? Il cambre la silhouette et allonge vos jambes, mais pour que cela fonctionne, il vous faudra rester bien droite et marcher d’un pas assuré. Le talon attire le regard ne serait-ce que par le bruit qu’il produit lorsqu’il frappe le sol. Il semblerait que ce soit l’un de ces attraits pour la gent masculine qui serait, psychologie oblige, une réminiscence du bruit que faisait la mère qui s’approche ou qui s’éloigne. Cette représentation est d’ailleurs reprise dans le film d’Almadovar, Tacones Lejanos (qui littéralement se traduit « Talons distants »), où Rebecca avoue à sa mère qu’elle ne pouvait s’endormir que lorsqu’elle entendait le bruit des ses talons qui s’éloignait de sa chambre. Le symbole phallique ne peut pas non plus être ignoré. A la femme qui foule du pied le « sexe masculin », s’ajoute la domination par la hauteur que celles-ci gagnent en portant leurs talons. Une certaine assurance et confiance en soi est indispensable, et comme l’explique Christian Louboutin, le célèbre créateur français, « il force la femme à avoir conscience de son corps » (cf. interview).

Anne Parillaud dans Nikita

Certaines femmes y sont plus sensibles que d’autres, mais le talon reste une icône glamour autant dans la vie qu’au cinéma. Marilyn Monroe affirmait déjà « Je ne sais pas qui a inventé les talons hauts, mais les femmes lui doivent beaucoup ».  Les plus jeunes et les plus « geekettes » se souviendront de la série Buffy contre les vampires où la charmante héroïne poignardait les suceurs de sang à coup de talons aiguilles. La femme fatale, voire la tueuse, à souvent été parée de talons longilignes et affûtés, fidèles à ses origines italiennes, comme dans le film de Luc Besson Nikita.

Le film God Save My Shoes sortira d’ailleurs en Octobre cette année et retracera l’histoire des chaussures et la passion des femmes pour celles-ci. Comme l’explique Pierre Hardy dans la bande-annonce du film, « je ne sais pas par quel circuit ce désir de chaussures passe, mais ça ne passe pas par la raison ». Dylan Moran, comique irlandais, voit les choses à sa manière quand il explique que ce sont les hommes qui sont les plus romantiques. Selon lui c’est un homme qu’on entendra dire : « J’ai rencontré quelqu’un, elle est extraordinaire. Si je ne parviens pas à sortir avec elle, je suis foutu. Elle a transformé ma vie. J’ai un boulot, un appartement, tout ça n’a plus d’importance […] »,  et Moran d’ajouter ensuite « tout ça… c’est ce que ressent une femme pour des chaussures ! »

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